

6h00, heure locale, Le Quillé, premier jour du printemps.
Dans notre maison de pierre et de terre, il n’y a que le crépitement du feu de bois qui vient distraire de temps à autre la sérénité des lieux. Les sacs à dos à demi éventrés jonchent le sol de la pièce. Devant la porte-fenêtre, les godillots poussiéreux attendent le lever du jour, le premier jour du printemps. L’odeur suave du café et les bols à oreilles posés sur la table basse.
Nous sommes rentrés.
Plus tard, nous irons à Trémelin, faire le tour de notre royaume. Le tour du lac, la forêt qui s’éveille, le chant des oiseaux et les paysages grandioses mille fois redécouverts dont on ne se lasse pas. On évoquera en marchant quelques anecdotes asiatiques, bribes de Cambodge, poussières de Thaïlande. Il y aura le pain chaud de la boulangerie et le froid qui nous gèlera les mains. Et puis le bois dans la cuisinière…
C’est certain, nous sommes rentrés.
On pensera au fabuleux poème de Blaise Cendrars, « La prose du Transibérien » dont Arnaud nous avait envoyé un extrait au début du voyage.
« …J’ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
Et l’école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains derrière moi
Bâle-Tombouctou
J’ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New York
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j’ai perdu tous mes paris
Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route
J’ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France.
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues.
“Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ?”
Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours… »
Au pignon de notre maison, il y a la route, celle qui mène à Trémelin, celle qui conduit au bout du monde aussi et qui court tout autour de la terre. On la contemple, on l’épie, on la scrute . On sait que c’est ici que tout commence à chaque fois.
Alors c’est vrai, nous sommes rentrés. Mais c’est également vrai que la route est toute proche et que nos sacs ne sont pas défaits.
Il n’y aura qu’à attendre patiemment qu’un prochain train passe devant notre maison et tout recommencera…
Pour l’heure, on feuillette notre atlas de géographie en égrenant, comme un chapelet exotique, les noms fabuleux des endroits encore inconnus qu’il reste à découvrir.
P.s : Pardon pour toute la poussière laissée sur vos écrans, pour la moiteur qui a certainement oxydée les circuits imprimés de vos ordinateurs. Pardon pour le soleil aveuglant et pour les fautes d’orthographes tout aussi aveuglantes. Pardon pour tout ce que nous n’avons pu vous transmettre. Parce que le monde est mille fois plus beau que ce que vous avez pu lire et voir dans nos messages…
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