
Après quelques jours passés dans un nouveau pays, le voyage vous façonne rapidement une nouvelle identité et l’on sent ce changement opérer un peu plus chaque jour, comme un venin distillé dans le corps et l’esprit. Le nomadisme oblige à un apprentissage intensif et accéléré. Nous quittons sans brutalité nos habits et nos codes de vie occidentaux pour revêtir naturellement, un peu plus chaque jour, ceux de notre pays d’accueil. Nos terrains d’exploration s’élargissent.



Nous avons quitté les centres villes pour les villages, troqué les restaurants pour les tabourets des marchés, oublié les bus touristiques pour des lignes nettement moins académiques.
Nous prenons les renseignements pour nous diriger auprès des vendeurs sur les marchés ou dans les échoppes, sautons de colectivos en moto-taxis, déjeunons d’un avocat et d’un bout de fromage sur la place d’une église, prenons un autre colectivo pour un village perdu sur un plateau de montagne pour renégocier encore un tronçon de piste de latérite avec un taxi illégal.


Nous redescendons ensuite plusieurs heures à pied jusqu’à la vallée en traversant des hameaux isolés, en saluant et en étant salué. Nous ne croisons pratiquement plus de touristes étrangers hormis sur les lieux de visite. La poussière ocre des pistes colore nos chaussures, nos cerveaux se diluent dans le mouvement permanent. Nos jambes ne redoutent plus qu’une chose, l’immobilité.
Dans le bus qui rejoint Pisac, notre dernière halte de la journée, nous contemplons le soleil se coucher sur les montagnes de la Vallée Sacrée Inca. Le gamin qui s’occupe de la porte du car, hèle les passants à chaque arrêt, des enfants se chamaillent dans la travée tandis qu’une femme devant nous, resserre le châle multicolore qui tient son enfant. Dehors, il y a la vie qui troque, qui vend, qui hurle et qui rit. Les fenêtres ouvertes laissent les derniers rayons de soleil et les premiers frimas de la soirée toucher nos visages. Déjà 13 heures que nous sommes levés depuis ce matin.

Nous arriverons sans doute de nuit à destination, cela ne nous inquiète plus, étonnamment. Dans la pénombre et le chaos de la route abimée nous comptons péniblement nos sous pour payer le gamin à la sortie du bus. Le poste de musique libère une musique andine à la mode. Nos pieds battent la mesure.
Immanquablement, quelque chose de Sud Américain s’immisce tranquillement en nous.
Et nous aimons profondément cela.

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