
Sucre est une ville qui ressemble à son nom.
Comme un fait exprès, la capitale constitutionnelle de la Bolivie qui porte le patronyme du lieutenant et ami du libérateur Simon Bolivar, est la ville de la douceur de vivre et du temps qui s’écoule paisiblement.
Campée sous la barre des 3000 mètres d’altitude, c’est à dire presqu’au niveau de la mer lorsqu’on descend de l’altiplano, Sucre vous prend immédiatement dans ses bras pour ne plus vous lâcher. On passe alors ses journées à déambuler au milieu de rues aveuglantes où le soleil se mire sur les murs chaulés des anciens palais coloniaux.

Et aux heures où l’astre s’acharne aux dessus des têtes nues, on se réfugie à l’ombre de patios cachés au coeur de musées tombant en décrépitude. Les gardiens y sursautent en vous voyant puis s’agitent furieusement en cherchant le carnet à souche des billets d’entrées, trop heureux d’exercer enfin un si sérieux métier. La visite achevée, on traverse la rue toujours bruyante et encore brûlante pour se jeter dans une église entrouverte. Et dans la pénombre, on se plait à contempler en silence les dorures exubérantes du choeur baroque. On regarde, indiscret, cette dame qui se signe et s’agenouille devant la vierge de Guadalupe. Pragmatique, on se félicite aussi que la maison de Dieu soit si bien climatisée et insonorisée, luxe et volupté des bienheureux.


Plus tard aux heures tièdes, la jeunesse en uniforme aux couleurs de chaque école s’éparpille et s’agite dans une joyeuse et insouciante atmosphère estudiantine. Elle s’empare de la place des armes, piaille et courtise, court et s’enflamme, envahit les épiceries et exécute sans aucune pitié toutes sucreries passant à sa hauteur. Il y a des massacres enthousiastes, des révolutions joyeuses que l’on ne se lasse pas de contempler.


Quand l’ombre sur le cadran solaire tend à se dissiper, on monte enfin sur les hauteurs de la ville. S’offre à nous le spectacle classique mais toujours saisissant du soleil se dérobant derrière le relief andin. Les artères toutes martiales, les toits de tuile, les clochers et les palais de la cité rosissent, rougissent et tombent en pamoison devant ce spectacle pourtant mille fois rejoué.
Sucre se tait enfin et s’éteint. Jusqu’au lendemain où tout recommence pour à nouveau vous enlacer, vous étreindre et vous retenir un jour encore.
Sucre est une ensorceleuse qui stoppe net les élans de voyageurs sur leur route. Mais Sucre est honnête car c’est la ville qui par son nom, annonce ce qui arrivera à quiconque s’y arrêtera.

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