Thaïlande : Chiang Mai sans édulcorants

Chiang Mai est une ancienne place fortifiée, un carré parfait entouré de hautes murailles de briques rouges. A chaque point cardinaux, de lourdes portes ouvrent la cité sur le reste du monde.

Aujourd’hui, de ces hauts murs, n’en restent que quelques vestiges ça et là et un canal ceinturant la ville.

En son sein, en 2016, des touristes occidentaux en tongs et pantalon de coton bariolés, une paille en bouche, engloutissent des hectolitres de smoothies en déambulant devant des boutiques d’articles de souvenirs. Un peu partout, des offices de tourisme privés et des affiches aguicheuses leurs promettent le grand frisson tout inclus en une journée : trek d’une heure dans un parc national, visite d’une réserve d’éléphants puis d’une autre réserve…de tribus montagnardes et pour finir la journée, une partie de rafting d’une demi-heure au pied d’une cascade… Des enseignes internationales de restaurations rapides stratégiquement placées achèveront de nous faire mettre pied à terre. Laborieusement mais sûrement, la capitale des princes Lao, la porte du triangle d’or, s’était mue en un vaste lupanar kolantesque.

Nous avions alors l’impression d’avoir signé un contrat prometteur sans avoir malheureusement lu la minuscule phrase en annexe où il aurait été indiqué : * ce contrat ne comprend que le forfait « Chiang Mai AVEC édulcorants »….

Mercredi matin, Talat Warorot. Le plus ancien marché de la cité. Un vaste ensemble de bâtiments peuplés de commerçants thaïlandais et chinois. Autour une armée de parasols abritent les vendeurs de rue qui n’ont pas réussi à prendre place dans l’enceinte. On rentre par la porte chinoise. Un temple, des bâtons d’encens brûlent dans la rue qui, avec la chaleur, nous tournent un peu la tête. On s’enfonce sous les hangars. Quartiers des bouchers. L’odeur nous sautent à la gorge. Des étals de viandes séchées s’offrent à notre vue. Explosion des sens, ça commence à remuer sérieusement. On continue, on tourne à droite, quartier des drapiers. Profusion des couleurs, les vêtements des ethnies Hmongs côtoient ceux des Karen, ceux de la jeunesse Thaï se mêlent aux blouses des anciens. On monte à l’étage et au balcon, on y domine le rez de chaussée. Des femmes y sont occupées à remplir de petits sachets de fruits secs multicolores. Partout des lumières éclairent des panneaux en Thaï et en chinois. Des dizaines de comptoirs y étalent des produits jusqu’alors inconnus. L’exubérance et l’opulence donnent le ton.

Au sous sol, des échoppes cuisinent et servent tout ce que le marché peut produire de comestible. Une vendeuse nous casse une noix de coco pour nous désaltérer. A l’odeur de coco se mêle celle du bouillon de nouilles de nos voisines. Une pause et on repart dans le tourbillon. Ca n’en finira jamais… Nous ressortons en ayant perdu toute notion d’orientation. Le soleil nous aveugle. Les fumées des barbecues offrent aux passants la promesse de les rassasier. Et sur les trottoirs, entre deux marchands de sous vêtements, une femme épluche des mangues en discutant avec un vendeur de plumeau. De l’autre côté de la rue des marchands d’or affolent les porte monnaies. Les tuks tuks, les pickup collectifs rouges, les cyclo pousses, les scooters se partagent ce qui restent de bitume disponible. Le bruit et l’odeur des vélomoteurs.

Au milieu, titubant d’émotion, nous contemplons toute cette vie brute et désordonnée, ce brouhaha merveilleux, étourdissant. Nous sommes ravis. Toute la journée nous continuerons à battre ainsi le pavé, découvrant des lieux préservés de la folie touristique. Le havre de paix de quartiers résidentiels nichés au coeur d’écrins de verdure, les constructions hasardeuses de baraques de tôles plantées sur le bord de la rivière, les échoppes sombres, les garages abracadabrants, les temples aux dorures désuètes et pourtant si solennels…

Nous goûtons à tout ce qui nous semble intéressant. Nos visages s’illuminent à chaque nouvelle découverte. Rarement aussi, une grimace d’écoeurement se dessine lorsque nous nous trompons. On recrache tout en bloc. On en rigole beaucoup et on se promet de ne plus recommencer. On sait bien que l’on recommencera… On ouvre toute les portes, on ne ferme plus les yeux, on marche sans autre but que d’être rassasié… Cela n’arrivera sans doute pas… 22h00, des projecteurs éclairent le temple Wat Chedi Luang. Des moines, comme nous, s’y promènent paisiblement, profitant de la douceur du lieu et de la température. Au pied du Chedi en ruine, des briques fines comme des galettes s’amoncellent.

Sur chacune d’elles sont inscrits les voeux, les prières, les remerciements des visiteurs.

Voici la nôtre : « Pour avoir pleinement rempli le contrat, Chiang Mai SANS édulcorant, Merci. »


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