Le dimanche matin, dans les rues de Livingstone, on croise des gens bien habillés qui sortent de la nouvelle église apostolique de Jésus Christ, qui rentrent dans celle des baptistes de Mosi Oa Tunya, ou qui devisent en présence du très respecté pasteur de la communauté de l’évangile des nouveaux élus. Ici on regarde vers le même dieu certainement, mais avec un mode d’emploi théologique aménagé selon la sensibilité de chacun. Cependant, ce qui réunit la population le dimanche, outre la tenue soignée, c’est le chant. Quelque soit l’église d’où l’on vient, quelque soit le costume que l’on porte, on chante.



On fredonne dans les églises bien sûr, mais on vocalise aussi dans la rue. Ensemble sous les acacias, assis sur les murets, sous des toits en tôle, on entonne des cantiques le dimanche sur le sable dans la ville de Livingstone. Et cette manière insolite de passer d’un chant à un autre en cheminant dans la banlieue au repos, laissera, c’est certain, une trace dans nos mémoires.

A Livingstone, si la route principale est bitumée, les voies perpendiculaires le sont rarement et c’est le sable qui remplace avantageusement le goudron pour rejoindre des maisons carrées au jardin clos. Cela confère à la ville une agréable atmosphère de province. Impression confirmée par un rastafari croisé à un coin de rue, assurant qu’on était bien mieux ici que dans d’autres cités trop denses. Paroles de sage que nous ne pouvons qu’approuver.


Dans le centre, les commerces aux façades colorées, les étals des vendeuses de légumes dans les ruelles et le terminal de bus anarchique, en constituent les ingrédients essentiels. Et si l’activité y est plus concentrée qu’ailleurs, on ne connaît pas la surchauffe des grandes villes. On prend le temps de ne pas regarder sa montre et de traîner les pieds.



Le dimanche en Zambie, on croise le docteur Livingstone en fin d’après-midi dans le musée de la ville. Un jeune homme assoupi au milieu de quelques pièces uniques ayant appartenu à l’explorateur, se lève en sursaut à notre arrivée dans ce musée désert. Il nous colle aussitôt devant une carte du continent et sans reprendre son souffle un instant, récite à un rythme soutenu les trois voyages de David Livingstone. Nous prenons une cinquantaine de dates et tout autant de noms exotiques dans les oreilles. Les aventures du missionnaire aventurier deviennent une jolie ritournelle dans la bouche de notre guide improvisé. On souriait au début, un rien moqueur, on est conquis à l’arrivée par ce chant d’histoire. 16h30, le musée ferme, 16h31, notre professeur émérite a disparu, nous laissant orphelins devant la carte de géographie. L’histoire est une chose sérieuse, l’heure l’est tout autant. Ce musée du bout du monde n’est rien en comparaison d’autres temples de la culture sur terre. Mais nous sommes sous le charme.


Le lendemain, des bennes, des camionnettes, acheminant écoliers, ouvriers travailleurs matinaux, prennent la route en chantant. Non pas les cantiques de la veille, mais de douces mélodies portées par les femmes avec une extrême justesse. On aurait presque envie de grimper sur le plateau pour les accompagner. On se ravise rapidement et manquons de céder aux sons des sirènes. Le métier de vagabond nous convient parfaitement et notre chant favori reste celui du vent, poussant nos pas toujours un peu plus loin.

Nous filons en brousse. La condition pour circuler dans le parc de Mosi Oa Tunya est d’être accompagnée par un guide armé, pour notre sécurité et pour celle des animaux, contre les méfaits du braconnage. Présence primordiale car le parc abrite les dix seuls rhinocéros blancs de Zambie.
Paysage semi-aride où l’on marche derrière Patricia, notre gardienne, sur des layons de sable, entre buissons épineux et arbustes étagés. Le vent soutenu, rafraîchi l’air malgré un soleil omniprésent. Des branches cassées, sans écorces, signalent la présence d’éléphants. On lève trois calaos à bec rouge cachés dans les broussailles d’une envergure impressionnante qui claquent en s’envolant dans le ciel.



Après trois quarts d’heures ce sont cinq rhinocéros qui sont pistés par la guide. Dissimulés derrière des bosquets la sieste semble être de rigueur. Nous resterons à une dizaine de mètres de leurs oreilles qui s’orientent en permanence pour capter le moindre bruit, relayant ainsi une vision dégradée.


En repartant, nous croisons quelques girafes occupées à chaparder leur nourriture sur les cimes des arbres et lorsque nous rejoignons la route, ce sont des impalas qui nous couperont le chemin. Un dernier spectacle de cabriole qui constituera, avec ces autres rencontres animalières, quelques belles vignettes à coller dans un tiroir de notre tête.


Nous rejoignons la ville en même temps que les camions d’ouvriers qui les déposent dans leurs quartiers respectifs et rentrons en marchant, il fait frais et le ciel est couvert. Il pleuvra sans doute cette nuit, nous serons à l’abri.
Nous habitons ce soir à l’angle de Ghandi road et de Kilimandjaro road à Livingstone, Zambie. Nous aimons bien notre nouvelle adresse.

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